En août 2026, la découverte de marques ne se résume plus à une page de résultats Google. Elle se répartit entre moteurs de réponse IA, recherche algorithmique sur les réseaux sociaux, communautés privées, marketplaces et créateurs. La recherche traditionnelle reste importante, mais elle n’est plus l’unique porte d’entrée du parcours.
Le changement le plus important n’est donc pas la « mort du search ». C’est le passage progressif d’un Web de recherche à un Web de recommandation : l’utilisateur exprime parfois une intention, mais de plus en plus souvent ce sont les algorithmes, les assistants contextuels et les pairs qui sélectionnent les marques à lui montrer au bon moment.
Le Mix de Découverte KAIS 2026 est un modèle d’allocation d’attention, pas une mesure d’audience. Aucune étude unique ne couvre ces cinq environnements avec une méthodologie homogène : les pondérations ci-dessous sont donc une lecture stratégique publiée par KAIS, arrondie à dessein pour ne pas suggérer une précision que les données ne permettent pas.
Un écart mérite d’être explicité. GWI mesure que 22,1 % des internautes de 16 ans et plus utilisent les plateformes IA pour se renseigner sur des marques. KAIS pondère pourtant les moteurs IA à 35 %. La raison : nous pondérons l’influence sur la décision, pas l’usage déclaré. Une réponse générative ne s’ajoute pas aux autres canaux — elle filtre la considération en amont, en réduisant la shortlist avant que les canaux suivants n’entrent en jeu.
Le Mix de Découverte KAIS 2026
Le Mix de Découverte KAIS 2026 répartit l’influence sur la découverte de marque entre cinq environnements : moteurs IA (35 %), Social Search (30 %), Dark Social et communautés (15 %), Retail Media (10 %) et créateurs/UGC (10 %). C’est un modèle d’allocation d’attention publié par KAIS, destiné à arbitrer un budget de visibilité — pas une mesure d’audience.
| Canal de découverte | Poids KAIS (modèle) | Mécanisme principal |
|---|---|---|
| Moteurs IA, AEO & GEO | 35 % | Réponses directes, comparaisons et recommandations de ChatGPT, Gemini, Perplexity, Google AI Overviews et assistants intégrés. |
| Social Search & vidéo courte | 30 % | Graphes d’intérêt, TikTok, Instagram Reels, YouTube Shorts et recherche native dans les plateformes sociales. |
| Dark Social & communautés | 15 % | LINE, WhatsApp, Discord, Telegram, Reddit, groupes privés et recommandations de pairs difficiles à attribuer. |
| Retail / Commerce Media | 10 % | Marketplaces et réseaux de distribution utilisant données transactionnelles et first-party data près du point d’achat. |
| Créateurs, micro-influence & UGC | 10 % | Démonstrations, avis humains, contenu natif et preuve sociale produite par des créateurs ou clients. |
Les données de GWI reprises par DataReportal dans le Digital 2026 Mid-Year Global Update confirment la fragmentation. Interrogés sur les sources qu’ils utilisent pour se renseigner sur des marques, les internautes de 16 ans et plus citent les moteurs de recherche à 45,8 %, les réseaux sociaux à 41,3 %, les sites d’avis à 35,4 %, les sites de marque à 32,2 %, les applications mobiles à 30,7 % et les plateformes IA à 22,1 %.
Deux lectures s’imposent. Premièrement, aucun canal ne touche à lui seul la majorité des internautes : le total dépasse largement 100 % parce que les gens en combinent plusieurs. Deuxièmement, les plateformes IA dépassent déjà les forums de questions-réponses, les blogs de marque et les avis spécialisés — en trois ans, sans qu’aucun budget média ne leur soit alloué.
1. Le passage décisif du SEO au GEO
La requête par mots-clés cède du terrain aux questions conversationnelles complexes. Au lieu de taper « chaussures trail homme », un utilisateur peut demander : « Quelle marque éthique propose des chaussures suffisamment amorties pour courir en trail urbain trois fois par semaine ? »
Un moteur de recherche classique classe des liens. Un moteur de réponse peut synthétiser plusieurs sources, retenir deux ou trois marques, expliquer les différences et produire directement une shortlist. La marque qui n’est pas incluse dans cette synthèse peut perdre la considération avant même qu’un clic ne se produise.
En février 2024, Gartner prévoyait une baisse de 25 % du volume de recherche traditionnel d’ici 2026 sous l’effet des chatbots et agents virtuels. L’échéance est arrivée, et la prévision mérite d’être confrontée aux faits plutôt que recyclée : Google conserve plus de 90 % de parts de marché sur la recherche et a absorbé le choc en intégrant AI Overviews directement dans ses résultats. Le volume ne s’est pas effondré — c’est la valeur du clic qui s’est déplacée. Une prévision partiellement fausse sur les chiffres, mais juste sur la direction.
Les données comportementales, elles, sont sans ambiguïté. Le State of AEO 2026 de HubSpot, mené auprès de plus de 4 000 marketeurs, indique que 58 % déclarent que leur entreprise optimise déjà du contenu pour les answer engines et que 44 % ont effectué un achat professionnel auprès d’une marque découverte via un moteur de réponse. Côté consommateur, McKinsey mesure dans son enquête ConsumerWise du premier trimestre 2026 que, parmi les Américains qui utilisent la recherche IA, 44 % la citent comme leur source d’information préférée, devant les moteurs de recherche (31 %), les sites de marque et de distributeurs (9 %) et les sites d’avis (6 %).
En Europe, la bascule est plus avancée encore : dans une enquête McKinsey menée en France, Allemagne et Royaume-Uni, 84 % des répondants utilisent des outils d’IA au quotidien, 63 % s’en servent pour comparer marques, modèles, prix et avis, et 55 % pour se documenter sur une catégorie de produit. La bataille ne porte donc plus seulement sur le ranking. Elle porte sur l’éligibilité à la recommandation.
SEO → AEO → GEO
- SEO : être trouvable dans les moteurs de recherche.
- AEO : structurer une réponse suffisamment claire pour être reprise.
- GEO : construire les signaux d’entité, d’autorité et de corroboration nécessaires pour être cité ou recommandé.
2. Social Search : le graphe d’intérêt remplace le graphe relationnel
Les réseaux sociaux n’affichent plus principalement ce que publient les comptes suivis. Ils construisent un flux autour de ce que l’algorithme prédit comme pertinent pour l’utilisateur. HubSpot décrit explicitement ce basculement du social graph vers un interest graph.
Cette évolution transforme TikTok, Instagram et YouTube en moteurs de découverte. Le Pulse Survey de Sprout Social (T2 2025) mesure que près d’un consommateur sur trois commence désormais sa recherche sur une plateforme sociale plutôt que sur Google, et plus d’un sur deux chez la Gen Z.
DataReportal confirme cette hiérarchie : les réseaux sociaux sont le deuxième canal mondial de recherche de marques (41,3 %) derrière les moteurs de recherche (45,8 %). Sur la notoriété pure, les publicités sociales arrivent en troisième position derrière les moteurs de recherche et la télévision — mais elles deviennent le premier levier de notoriété chez les 16–34 ans.
Le format le plus puissant dans cet environnement est la vidéo courte. Dans le State of Marketing 2026 de HubSpot (1 500+ marketeurs), 48,6 % des répondants classent le short-form video dans leur trio de tête en matière de ROI — le score le plus élevé de tous les formats mesurés.
La visibilité ne se gagne plus seulement sur une page de résultats. Elle se gagne aussi dans un feed algorithmique.
3. Dark Social : la confiance se déplace vers les pairs
À mesure que les contenus générés par IA et la publicité ciblée se multiplient, une partie de la confiance se déplace vers des espaces moins visibles : WhatsApp, Discord, Telegram, messages privés, communautés professionnelles, forums et subreddits spécialisés.
SparkToro a démontré la difficulté d’attribution de ces parcours. Dans son expérience de 2023, conduite avec Steve Lamar sur 11 réseaux et 16 types de referral, 100 % des visites provenant de TikTok, Slack, Discord, Mastodon et WhatsApp étaient classées en trafic « direct », sans aucune information de source. Facebook Messenger perdait 75 % de ses referrals, les DM Instagram 30 %. Le protocole date de trois ans et les navigateurs intégrés n’ont fait que se généraliser depuis : rien n’indique que la situation se soit améliorée.
Pour une marque, l’enjeu est double : être réellement recommandable dans ces communautés, puis comprendre que cette confiance hors site peut également devenir un signal de réputation exploitable par les moteurs de recherche et les systèmes IA lorsqu’elle est publique ou indexable.
4. Retail Media : la découverte se rapproche du moment d’achat
Amazon, Walmart, Instacart et les réseaux de grande distribution ne servent plus uniquement à concrétiser une décision. Ils participent à la découverte grâce à leurs données transactionnelles propriétaires.
Ici encore, il faut distinguer projection et réalité. McKinsey estimait en 2022 que les Retail Media Networks pouvaient représenter jusqu’à 100 milliards de dollars de dépenses publicitaires aux États-Unis en 2026. Les chiffres mesurés sont plus modestes : 53,7 milliards de dollars de revenus RMN aux États-Unis en 2024 selon l’IAB et PwC, et une prévision autour de 71 milliards pour 2026 selon eMarketer. À l’échelle mondiale, eMarketer situe le marché à environ 140 milliards en 2024 et 165 milliards en 2026, avec 277 réseaux recensés en novembre 2025.
La croissance est donc réelle mais moins spectaculaire que les projections initiales — et surtout beaucoup plus concentrée : Amazon et Walmart capteraient à eux seuls près de 89 % des dépenses incrémentales du marché américain en 2026.
Mais l’IA déplace déjà ce modèle : McKinsey décrit en août 2026 un parcours où l’utilisateur demande trois recommandations à son assistant, choisit l’une d’elles et achète sans jamais parcourir la page catégorie du retailer. La nouvelle question devient donc : le produit est-il présent dans les systèmes qui décident de ce qui mérite d’être considéré ?
5. Créateurs et UGC : dans un Web saturé d’IA, l’authenticité devient rare
Plus la production de contenu devient facile, plus l’authenticité devient un actif. Le Social Media Marketing Report 2026 de HubSpot, mené auprès de plus de 1 100 marketeurs, indique que 77 % d’entre eux considèrent l’authenticité comme plus déterminante que la valeur de production. La même enquête identifie la difficulté à intégrer l’IA sans sacrifier la qualité ou la confiance comme l’un des principaux défis déclarés.
Une démonstration brute, un témoignage client, une vidéo d’employé ou un créateur spécialisé peuvent donc peser davantage qu’une publicité parfaitement produite. Le point commun avec le GEO est évident : dans les deux cas, la marque ne peut plus se contenter d’affirmer sa valeur. Elle doit être corroborée par des signaux externes et humains.
Ce que ce modèle devient en Asie du Sud-Est
La structure du mix tient d’un marché à l’autre. Les plateformes qui la remplissent, non. Une stratégie GEO calibrée sur les données américaines sous-estime systématiquement deux couches sur le marché thaïlandais.
Le Dark Social passe par LINE, pas par WhatsApp
En Thaïlande, la messagerie dominante est LINE, avec environ 56 millions d’utilisateurs actifs mensuels pour une population de 71 millions. Les recommandations circulent en groupes privés, les marques opèrent des LINE Official Accounts, et le service après-vente se joue en conversation. Cette couche est structurellement invisible aux outils d’analytics — exactement le problème documenté par SparkToro, mais à une échelle où elle constitue le canal de confiance par défaut plutôt qu’un angle mort résiduel.
Le Retail Media, c’est Shopee et TikTok Shop
Amazon et Walmart n’ont pas d’équivalent local. La découverte près du point d’achat se joue sur Shopee, TikTok Shop et Lazada. TikTok Shop a dépassé Lazada pour occuper la deuxième place du marché thaïlandais, et le commerce piloté par le live et la vidéo courte représente désormais une part significative des ventes e-commerce du pays. La Thaïlande figure parmi les marchés à plus forte adoption du social commerce au monde : la frontière entre découverte sociale et transaction y a largement disparu.
Le poids relatif du Retail Media et du Dark Social y est plus élevé que dans le modèle global, et ces deux couches se recouvrent : une recommandation partagée dans un groupe LINE peut mener directement à un achat sur Shopee, sans qu’aucun moteur de recherche ni aucun outil d’attribution n’en voie la trace.
Le funnel devient un écosystème de recommandation
Le parcours classique pouvait se lire ainsi : Search → Website → Comparison → Conversion.
Le parcours 2026 ressemble davantage à : AI recommendation → Social validation → Reddit / reviews → Creator demonstration → Website / marketplace → Conversion.
Mais cet ordre n’est pas fixe. Un prospect peut commencer sur TikTok, un autre sur ChatGPT, un troisième dans WhatsApp et un quatrième sur Amazon. Le marketing moderne n’est donc plus un funnel parfaitement linéaire. Il devient un réseau de points de validation.
Ce que cela change pour les marques en 2026–2027
- Construire une entité claire : nom, activité, localisation, expertise, dirigeants, services et preuves doivent être cohérents partout.
- Cartographier les vraies questions : prompts, comparaisons, objections, alternatives et critères de décision remplacent la simple liste de mots-clés.
- Créer des territoires d’autorité : études propriétaires, guides, benchmarks, expertises et données originales.
- Développer les preuves externes : médias, partenaires, avis, annuaires spécialisés, forums et communautés.
- Optimiser le Social Search : titres, voix-off, captions et texte à l’écran doivent répondre à la façon dont les utilisateurs recherchent réellement.
- Construire une présence communautaire réelle : pas du spam, mais de l’utilité et de la crédibilité suffisamment fortes pour générer des mentions naturelles.
- Changer les KPI : citations IA, share of voice, sentiment, mentions, branded search, referrals IA, conversions assistées et signaux de réputation.
La donnée la plus récente sur le zero-click est aussi la plus brutale. L’étude SparkToro publiée en juin 2026, appuyée sur le panel clickstream de Similarweb, mesure que 68,01 % des recherches Google aux États-Unis n’ont généré aucun clic sur les quatre premiers mois de 2026, contre 60,45 % en 2024 — la progression la plus rapide jamais enregistrée par SparkToro sur cet indicateur. Autrement dit, moins d’un tiers des recherches envoient encore un visiteur vers le web ouvert.
Une précaution de lecture s’impose : les études antérieures de SparkToro s’appuyaient sur le panel Datos et donnaient 58,5 % aux États-Unis et 59,7 % dans l’Union européenne pour 2024. Le changement de fournisseur de données rend les séries imparfaitement comparables, et les chiffres 2026 publiés à ce jour ne couvrent que le marché américain. La direction, elle, n’est pas contestée. Dans ce contexte, mesurer uniquement le trafic revient à ignorer une part croissante de l’influence réelle d’une marque.
La stratégie gagnante : Search Everywhere Optimization
Le SEO reste nécessaire. Mais il doit désormais s’intégrer à une architecture plus large : SEO pour être trouvable, AEO pour être extrait, GEO pour être cité, E‑E‑A‑T pour être crédible, Social Search pour être découvert, reputation management pour être corroboré et commerce media pour rester visible près de la transaction.
Votre marque est-elle présente dans les environnements que vos clients — et les algorithmes qui les assistent — utilisent réellement pour décider ?
Sources et références
Chaque chiffre cité renvoie à sa source primaire et à sa date de publication. Les prévisions sont signalées comme telles et distinguées des mesures.
- Gartner — Search Engine Volume Will Drop 25 % by 2026 (communiqué, 19 février 2024). Prévision, non réalisée dans ces termes.
- HubSpot — The State of AEO in 2026 (4 000+ marketeurs). Chiffres cités : 58 %, 44 %.
- HubSpot — State of Marketing 2026 (1 500+ marketeurs). Chiffre cité : 48,6 % (short-form video, top 3 ROI).
- HubSpot — Social Media Marketing Report 2026 (1 100+ marketeurs). Chiffre cité : 77 % (authenticité > production).
- DataReportal / We Are Social / GWI — Digital 2026 Mid-Year Global Update (avril 2026). Sources de recherche de marque : 45,8 % / 41,3 % / 35,4 % / 32,2 % / 30,7 % / 22,1 %.
- DataReportal — Digital 2026 Global Overview Report. Publicités sociales : 3ᵉ source de notoriété, 1ʳᵉ chez les 16–34 ans.
- SparkToro / Similarweb — In 2026, Less than One Third of Google Searches Still Send a Click (juin 2026). Chiffre cité : 68,01 % (États-Unis, janvier–avril 2026).
- SparkToro — Dark Social Falsely Attributes Significant Percentages of Web Traffic as “Direct” (avril 2023). Chiffres cités : 100 %, 75 %, 30 %.
- McKinsey — An Update on US Consumer Sentiment: Embracing AI-Supported Shopping (ConsumerWise, T1 2026). Chiffres cités : 44 % / 31 % / 9 % / 6 %.
- McKinsey — Europe’s Agentic Commerce Moment (mars 2026, n = 749, FR/DE/UK). Chiffres cités : 84 %, 63 %, 55 %.
- McKinsey — Commerce Media: The New Force Transforming Advertising (2022). Projection de 100 Md$ citée à titre historique.
- McKinsey — State of the Consumer 2026 (juin 2026). Réduction des clics vers les sites de marque et de distributeurs.
Note de vérification. Les chiffres de dépenses Retail Media (53,7 Md$ US 2024, ~71 Md$ US 2026, ~140 Md$ / ~165 Md$ monde, 277 réseaux) proviennent d’estimations IAB/PwC et eMarketer reprises par la presse spécialisée. Ils n’ont pas été vérifiés sur le rapport primaire et doivent l’être avant publication définitive. Le chiffre de 56 millions d’utilisateurs LINE en Thaïlande provient des données DataReportal pour la Thaïlande.